Coutume Studio, l’art et la matière

Chez Coutume Studio, les objets dialoguent avec leurs histoires singulières et les matières qui les entourent. Si l'espace semble se suffire à lui-même, suspendu entre évidence et heureux hasards, dans ce lieu où maison d'habitation et espace d'exposition se confondent, Karine Pelloquin et Frédéric Aguiard composent un univers guidé par la matière, les rencontres et une même envie d'ailleurs.

Le couple, dont l’aura en clair-obscur affleure sur chaque surface du 46 rue Lafaurie de Monbadon, y vit autant qu’il y travaille, brouillant volontairement les frontières d’un monde qui lui ressemble, tout en ombre et lumière. « Nous ne voulions ni une boutique ni une galerie. Tout est à vendre mais rien n’est pensé comme un produit », glissent-ils. Avant Coutume, il y a la mode et une trentaine d’années au sein d’un univers exigeant, où se tisse peu à peu le fil d’une envie d’ailleurs. « Nous avons toujours eu besoin de mouvement. Tous les cinq ans, on a un nouveau projet », détaillent les maîtres des lieux. Paris d’abord, Lyon puis Bordeaux en 2016 : autant d’étapes rythmées par une même envie, celle de se réinventer. Leurs propres maisons, devenues terrains d’expérimentation remarqués, inspirent. Très vite, la limite créatrice apparaît lorsque recevoir chez soi trouble le regard des clients. « Ils ne se projetaient pas véritablement chez eux, dans leur espace, mais dans le nôtre. » De ce constat naît une évidence : créer un lieu à part. Alors, en 2019, Coutume ouvre ses portes. L’endroit échappe aux catégories et expose le cœur créatif de ses propriétaires : « Nous voulions quelque chose qui ressemble à une maison mais où l’on puisse aussi exposer, travailler, recevoir. » Les lieux se remplissent de vie et de matières et composent ainsi une partition à leur image.

La texture comme langage
Car Coutume Studio est avant tout un lieu ouvert sur les rencontres. Une petite vaisselle chinée côtoie un vase d’artiste et dialogue avec du mobilier sur mesure. L’ensemble, éclectique, est instinctif, toujours guidé par une même exigence : « Il faut aimer l’objet mais aussi la personne derrière. » Une philosophie qui irrigue tout leur travail. Designers à part entière, ils dessinent aujourd’hui leurs propres pièces, qui prennent vie grâce aux artisans croisés en chemin. « Chaque projet naît d’une rencontre. On se dit : tiens, on pourrait faire une bougie avec lui ou une cuisine sur mesure pour tel client. » Très attaché à la matière, le couple développe sa gamme de peintures, qui s’exposent sur les murs du lieu. Le mélange de sable et de chaux confère à la surface une profondeur organique. « On voulait une texture, quelque chose qui se ressente. » Une attention au geste et aux sensations qui se retrouve dans leur manière de sélectionner les artistes.